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Les poèmes sont des grappes d'images

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La courbe de tes yeux, Capitale de la douleur, Paul Eluard

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Extrait de Première veillée, Les veillées poétiques, James Macpherson, traduit par Pierre-Marie-François Baour-Lormian

L'astre des nuits se lève. A sa pâle lumière
Tout change, se confond dans la nature entière ;
Et mon oeil, entouré de prestiges divers,
Voit dans l'ombre s'étendre un magique univers.
Ce rocher sourcilleux n'est plus un bloc informe ;
C'est un monstre, un géant d'une stature énorme.
Ces chênes, ces sapins, confusément épars,
En dômes arrondis, élevés en remparts,
D'une ville aux cent tours me retracent l'image.
Que le souffle des vents agite le feuillage,
Il me semble aussitôt que de lointains accords
S'élèvent tristement sur la tombe des morts.

 

Février

Aux pans du ciel l'hiver drape un nouveau décor ;
Au firmament l'azur de tons roses s'allume ;
Sur nos trottoirs un vent plus doux enfle la plume
Des petits moineaux gris qu'on y retrouve encor.

Maint coup sec retentit dans la forêt qui dort ;
Et, dans les ravins creux qui s'emplissent de brume,
Aux franges du brouillard malsain qui nous enrhume
L'Orient plus vermeil met une épingle d'or.

Folâtre, et secouant sa clochette argentine,
Le bruyant Carnaval fait sonner sa bottine
Sur le plancher rustique ou le tapis soyeux ;

Le spleen chassé s'en va chercher d'autres victimes ;
La gaîté vient s'asseoir à nos cercles intimes...
C'est le mois le plus court : passons-le plus joyeux.

- Louis-Honoré Fréchette

XI, Les Stances, Jean Moréas

Ne dites pas : la vie est un joyeux festin ;
Ou c’est d’un esprit sot ou c’est d’une âme basse.
Surtout ne dites point : elle est malheur sans fin ;
C’est d’un mauvais courage et qui trop tôt se lasse.

Riez comme au printemps s’agitent les rameaux,
Pleurez comme la bise ou le flot sur la grève,
Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux ;
Et dites : c’est beaucoup et c’est l’ombre d’un rêve.

 

2.15.1.0

Sonnet orgueilleux, La Chanson des gueux, Jean Richepin

De son propre malheur l’homme est toujours complice.
La vie est un combat, et parmi ces essaims
De soldats, de bandits, de traîtres, d’assassins,
Tant pis pour qui va nu ! Que le sort s’accomplisse !

Il faut se cuirasser, et que toute arme glisse
Sur le fer qu’on se plaque à même les deux seins.
Chacun doit se forger sa cuirasse, et les saints,
Comme ils n’ont pas d’acier, se bardent d’un cilice.

Moi, pour mieux tenir tête à tous coupe-jarrets,
J’endosse le cilice et la cuirasse après,
Et je mets au défi, mort-Dieu ! qu’on m’assassine.

Ma cuirasse est de pur orgueil, et sans un trou.
Les crins de mon cilice ont pris en moi racine.
Vous qui voulez percer mon cœur, cherchez par où !

La chanson du vannier, Le chemin des bois, André Theuriet

Brins d'osier, brins d'osier,
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

Brins d’osier, vous serez le lit frêle où la mère
Berce un petit enfant aux sons d'un vieux couplet :
L'enfant, la lèvre encor toute blanche de lait,
S'endort en souriant dans sa couche légère.

Brins d'osier, brins d'osier,
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

Vous serez le panier plein de fraises vermeilles
Que les filles s'en vont cueillir dans les taillis.
Elles rentrent le soir, rieuses, au logis,
Et l'odeur des fruits mûrs s'exhale des corbeilles.

Brins d'osier, brins d'osier,
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

Vous serez le grand van où la fermière alerte
Fait bondir le froment qu'ont battu les fléaux,
Tandis qu'à ses côtés des bandes de moineaux
Se disputent les grains dont la terre est couverte.

Brins d'osier, brins d'osier,
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

Lorsque s'empourpreront les vignes à l'automne,
Lorsque les vendangeurs descendront des coteaux,
Brins d'osier, vous lierez les cercles des tonneaux
Où le vin doux rougit les douves et bouillonne.

Brins d'osier, brins d'osier,
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

Brins d'osier, vous serez la cage où l'oiseau chante,
Et la nasse perfide au milieu des roseaux,
Où la truite qui monte et file entre deux eaux,
S'enfonce, et tout à coup se débat frémissante.

Brins d'osier, brins d'osier,
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

Et vous serez aussi, brins d'osier, l'humble claie
Où, quand le vieux vannier tombe et meurt, on l'étend
Tout prêt pour le cercueil. - Son convoi se répand,
Le soir, dans les sentiers où verdit l'oseraie.

Brins d'osier, brins d'osier,
Courbez-vous assouplis sous les doigts du vannier.

Sonnet sur la mort d'une parente / Amitié fidèle, Chansons, Stances, Sonnets, Épitaphes, etc., Nicolas Boileau

Parmi les doux transports d’une amitié fidèle,
Je voyois près d’Iris couler mes heureux jours ;
Iris que j’aime encore, et que j’aimai toujours,
Brûloit des mêmes feux dont je brûlois pour elle ;

Quand, par l’ordre du ciel, une fièvre cruelle
M’enleva cet objet de mes tendres amours ;
Et, de tous mes plaisirs interrompant le cours,
Me laissa de regrets une suite éternelle.

Ah ! qu’un si rude coup étonna mes esprits !
Que je versai de pleurs ! que je poussai de cris !
De combien de douleurs ma douleur fut suivie !

Iris, tu fus alors moins à plaindre que moi ;
Et, bien qu’un triste sort t’ait fait perdre la vie,
Hélas ! en te perdant j’ai perdu plus que toi.

Odelette 1, Les Jeux rustiques et divins, Henri de Régnier

Un petit roseau m’a suffi
Pour faire frémir l’herbe haute
Et tout le pré
Et les doux saules
Et le ruisseau qui chante aussi ;
Un petit roseau m’a suffi
À faire chanter la forêt.

Ceux qui passent l’ont entendu
Au fond du soir, en leurs pensées,
Dans le silence et dans le vent,
Clair ou perdu,
Proche ou lointain…
Ceux qui passent en leurs pensées
En écoutant, au fond d’eux-mêmes,
L’entendront encore et l’entendent
Toujours qui chante.

Il m’a suffi
De ce petit roseau cueilli,
À la fontaine où vint l’Amour
Mirer, un jour,
Sa face grave
Et qui pleurait,
Pour faire pleurer ceux qui passent
Et trembler l’herbe et frémir l’eau ;
Et j’ai, du souffle d’un roseau,
Fait chanter toute la forêt.

Des nombreux fabulistes ont été oubliés, comme Jean-Louis-Marie Guillermeau.

L'Amandier et le Poirier, Quelques fables du Docteur Guillemeau, Livre 1, fable 15, Jean-Louis-Marie Guillemeau (1766 - 1852)

Un amandier voyant sur ses rameaux
Des fleurs nouvelles et nombreuses,
Par ces paroles outrageuses,
Attaqua du poirier le tranquille repos :
Je suis déjà, dit-il, l'honneur de ce bocage ;
Ma présence embellit les plus agrestes lieux ;
Et toi, sans agrément, engourdi, paresseux,
Tu montres un bois sec, dégarni de feuillage...
Mais tandis que cet imprudent
S'exprime avec tant d'arrogance,
Borrée accourt, et brûle en un instant
Ces fleurs de l'amandier, trop fragile ornement,
Et qui n'offraient encor des fruits qu'en espérance.

Redoutez un succès passager, mais trompeur,
Jeunesse aimable, et trop présomptueuse ;
La fleur précoce est rarement heureuse :
C'est pour avoir le fruit que l'on soigne la fleur.

 

Nuit de printemps

François-René de Chateaubriand

Le ciel est pur, la lune est sans nuage :
Déjà la nuit au calice des fleurs
Verse la perle et l’ambre de ses pleurs ;
Aucun zéphyr n’agite le feuillage.
Sous un berceau, tranquillement assis,
Où le lilas flotte et pend sur ma tête,
Je sens couler mes pensers rafraîchis
Dans les parfums que la nature apprête.
Des bois dont l’ombre, en ces prés blanchissants,
Avec lenteur se dessine et repose,
Deux rossignols, jaloux de leurs accents,
Vont tour à tour réveiller le printemps
Qui sommeillait sous ces touffes de rose.
Mélodieux, solitaire Ségrais,
Jusqu’à mon cœur vous portez votre paix !
Des prés aussi traversant le silence,
J’entends au loin, vers ce riant séjour,
La voix du chien qui gronde et veille autour
De l’humble toit qu’habite l’innocence.
Mais quoi ! déjà, belle nuit, je te perds !
Parmi les cieux à l’aurore entrouverts,
Phébé n’a plus que des clartés mourantes,
Et le zéphyr, en rasant le verger,
De l’orient, avec un bruit léger,
Se vient poser sur ces tiges tremblantes.

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