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Les poèmes sont des grappes d'images
Zitat von jipe am 10. November 2025, 4:47 UhrV, Les poésies de Catulle (84 avant JC - 54 avant JC), traduction en vers français par Eugène Rostand
Vivons, ma Lesbie, aimons-nous,
Et traitons comme rien tous ses propos jaloux
De la trop sévère vieillesse.
Le soleil meurt et reparaît sans cesse ;
Mais quand meurt notre flamme éphémère, il faut tous
Dormir de même une nuit éternelle.
Donne-moi cent baisers, et puis mille, et puis cent,
Mille encor, que leur nombre aille toujours croissant,
Encor mille, encor cent... Que le compte s'emmêle,
Et par milliers embrouillons-le si bien
Que nous ne se sachions plus nous-mêmes, maîtresse,
Et qu'aucun envieux ne sache de combien
De milliers de baisers est faite notre ivresse !
V, Les poésies de Catulle (84 avant JC - 54 avant JC), traduction en vers français par Eugène Rostand
Vivons, ma Lesbie, aimons-nous,
Et traitons comme rien tous ses propos jaloux
De la trop sévère vieillesse.
Le soleil meurt et reparaît sans cesse ;
Mais quand meurt notre flamme éphémère, il faut tous
Dormir de même une nuit éternelle.
Donne-moi cent baisers, et puis mille, et puis cent,
Mille encor, que leur nombre aille toujours croissant,
Encor mille, encor cent... Que le compte s'emmêle,
Et par milliers embrouillons-le si bien
Que nous ne se sachions plus nous-mêmes, maîtresse,
Et qu'aucun envieux ne sache de combien
De milliers de baisers est faite notre ivresse !
Zitat von rosemarie am 12. November 2025, 10:30 UhrSoleils couchants
Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon cœur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À de grands soleils
Couchants sur les grèves.Paul Verlaine
Soleils couchants
Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon cœur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À de grands soleils
Couchants sur les grèves.
Paul Verlaine
Zitat von jipe am 17. November 2025, 5:05 UhrUn poème de Wang Fanzhi (590-660), extrait de Poèmes Chan, traduction de Jacques Pimpaneau
Le corps ressemble à une auberge
Et le destin au voyageur qui passe.
Le voyageur parti, l'auberge est vide ;
Si vous le comprenez, qui reste à l'intérieur ?
Un poème de Wang Fanzhi (590-660), extrait de Poèmes Chan, traduction de Jacques Pimpaneau
Le corps ressemble à une auberge
Et le destin au voyageur qui passe.
Le voyageur parti, l'auberge est vide ;
Si vous le comprenez, qui reste à l'intérieur ?
Zitat von jipe am 24. November 2025, 3:58 UhrNuages, De la Mort sans exagérer, Poèmes 1957-2009, (traduction du polonais revue et corrigée par Piotr Kaminski), Wisława Szymborska (Prix Nobel de littérature 1996)
La description des nuages
exige de faire diligence -
en une fraction de seconde
ils ne sont plus tels, ils sont autres.Leur trait principal consiste
à ne jamais reproduire
ni formes, ni teintes, ni poses, ni dessins.Jamais porteurs d'aucune mémoire,
légers, ils survolent la gravité des faits.Témoins de quelque chose - vous voulez rire !
au moindre souffle, voilà qu'ils s'éparpillent.En regard des nuages
la vie semble solide,
presque enracinée et quasi éternelle.A côté des nuages
les pierres sont nos soeurs,
sur elles nous pouvons compter,
tandis qu'eux, mon Dieu, des cousins lointains et volages.Que les gens soient, s'ils y tiennent,
et qu'ils meurent ensuite un à un,
les nuages n'en ont rien à faire
de ces affaires
extraordinaires.Au-dessus de ta vie parfaite,
de la mienne, imparfaite pour l'instant,
ils paradent, fastueux comme avant.De périr avec nous ils ne sont point tenus.
Pour voguer, nul besoin d'être vu.
Nuages, De la Mort sans exagérer, Poèmes 1957-2009, (traduction du polonais revue et corrigée par Piotr Kaminski), Wisława Szymborska (Prix Nobel de littérature 1996)
La description des nuages
exige de faire diligence -
en une fraction de seconde
ils ne sont plus tels, ils sont autres.
Leur trait principal consiste
à ne jamais reproduire
ni formes, ni teintes, ni poses, ni dessins.
Jamais porteurs d'aucune mémoire,
légers, ils survolent la gravité des faits.
Témoins de quelque chose - vous voulez rire !
au moindre souffle, voilà qu'ils s'éparpillent.
En regard des nuages
la vie semble solide,
presque enracinée et quasi éternelle.
A côté des nuages
les pierres sont nos soeurs,
sur elles nous pouvons compter,
tandis qu'eux, mon Dieu, des cousins lointains et volages.
Que les gens soient, s'ils y tiennent,
et qu'ils meurent ensuite un à un,
les nuages n'en ont rien à faire
de ces affaires
extraordinaires.
Au-dessus de ta vie parfaite,
de la mienne, imparfaite pour l'instant,
ils paradent, fastueux comme avant.
De périr avec nous ils ne sont point tenus.
Pour voguer, nul besoin d'être vu.
Zitat von jipe am 8. Dezember 2025, 3:42 UhrAu bord de l’eau / Shuǐ hǔ Zhuàn, Shi Nai-An
Affamé, on ne choisit pas sa nourriture ;
Transi, on ne choisit pas ses habits ;
Affolé, on ne choisit pas sa route ;
Indigent, on ne choisit pas sa femme.
Au bord de l’eau / Shuǐ hǔ Zhuàn, Shi Nai-An
Affamé, on ne choisit pas sa nourriture ;
Transi, on ne choisit pas ses habits ;
Affolé, on ne choisit pas sa route ;
Indigent, on ne choisit pas sa femme.
Zitat von jipe am 22. Dezember 2025, 5:07 UhrLe miroir d'un moment, Capitale de la douleur, Paul Eluard
Il dissipe le jour,
Il montre aux hommes les images déliées de l'apparence,
Il enlève aux hommes la possibilité de se distraire.
Il est dur comme la pierre,
La pierre informe,
La pierre du mouvement et de la vue,
Et son éclat est tel que toutes les armures, tous les masques en sont faussés.
Ce que la main a pris dédaigne même de prendre la forme de la main,
Ce qui a été compris n'existe plus,
L'oiseau s'est confondu avec le vent,
Le ciel avec sa vérité,
L'homme avec sa réalité.
Le miroir d'un moment, Capitale de la douleur, Paul Eluard
Il dissipe le jour,
Il montre aux hommes les images déliées de l'apparence,
Il enlève aux hommes la possibilité de se distraire.
Il est dur comme la pierre,
La pierre informe,
La pierre du mouvement et de la vue,
Et son éclat est tel que toutes les armures, tous les masques en sont faussés.
Ce que la main a pris dédaigne même de prendre la forme de la main,
Ce qui a été compris n'existe plus,
L'oiseau s'est confondu avec le vent,
Le ciel avec sa vérité,
L'homme avec sa réalité.
Zitat von rosemarie am 11. Januar 2026, 11:30 Uhr1er janvier - Victor Hugo
Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père
Vous adorait ; qu'il fit de son mieux sur la terre,
Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où vous étiez petits il était vieux,
Qu'il n'avait pas de mots bourrus ni d'airs moroses,
Et qu'il vous a quittés dans la saison des roses ;
Qu'il est mort, que c'était un bonhomme clément ;
Que, dans l'hiver fameux du grand bombardement,
Il traversait Paris tragique et plein d'épées,
Pour vous porter des tas de jouets, des poupées,
Et des pantins faisant mille gestes bouffons ;
Et vous serez pensifs sous les arbres profonds.
1er janvier - Victor Hugo
Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père
Vous adorait ; qu'il fit de son mieux sur la terre,
Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où vous étiez petits il était vieux,
Qu'il n'avait pas de mots bourrus ni d'airs moroses,
Et qu'il vous a quittés dans la saison des roses ;
Qu'il est mort, que c'était un bonhomme clément ;
Que, dans l'hiver fameux du grand bombardement,
Il traversait Paris tragique et plein d'épées,
Pour vous porter des tas de jouets, des poupées,
Et des pantins faisant mille gestes bouffons ;
Et vous serez pensifs sous les arbres profonds.
Zitat von jipe am 12. Januar 2026, 4:43 UhrPourquoi n’allez-vous pas à Paris ? Hélène ou le règne végétal, René Guy Cadou
- Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ?
- Mais l’odeur des lys ! Mais l’odeur des lys !- Les rives de la Seine ont aussi leurs fleuristes
- Mais pas assez tristes, oh ! pas assez tristes !Je suis malade du vert des feuilles et des chevaux
Des servantes bousculées dans les remises du château- Mais les rues de Paris ont aussi leurs servantes
- Que le diable tente ! que le diable tente !Mais moi seul dans la grande nuit mouillée
L’odeur des lys et la campagne agenouilléeCette amère montée du sol qui m’environne
Le désespoir et le bonheur de ne plaire à personne- Tu périras d’oubli et dévoré d’orgueil
- Oui mais l’odeur des lys la liberté des feuilles !
Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ? Hélène ou le règne végétal, René Guy Cadou
- Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ?
- Mais l’odeur des lys ! Mais l’odeur des lys !
- Les rives de la Seine ont aussi leurs fleuristes
- Mais pas assez tristes, oh ! pas assez tristes !
Je suis malade du vert des feuilles et des chevaux
Des servantes bousculées dans les remises du château
- Mais les rues de Paris ont aussi leurs servantes
- Que le diable tente ! que le diable tente !
Mais moi seul dans la grande nuit mouillée
L’odeur des lys et la campagne agenouillée
Cette amère montée du sol qui m’environne
Le désespoir et le bonheur de ne plaire à personne
- Tu périras d’oubli et dévoré d’orgueil
- Oui mais l’odeur des lys la liberté des feuilles !
Zitat von jipe am 19. Januar 2026, 3:49 UhrLe sentier des larmes, Joséphine Bacon, extrait de "Les bruits du monde" de Laure Morali et Rodney Saint-Eloi
Ton réveil bouscule la vie
Les minutes ressemblent à des heures perdues
Gouttes de pluie où s’amalgament
tes larmes silencieuses
Où s’entremêle l’invisibleTon sentier devient un long portage
Ton âme réclame une conscience pure
Ton cœur saigne sa liberté blessée
Tes mocassins s’usent sur l’asphalteDes plumes s’éloignent dans le ciel gris
Pour se poser sur une terre menacée
Tu aimerais retrouver l’enseignement des ancêtres
Et survivre dans cette sagesse
Le sentier des larmes, Joséphine Bacon, extrait de "Les bruits du monde" de Laure Morali et Rodney Saint-Eloi
Ton réveil bouscule la vie
Les minutes ressemblent à des heures perdues
Gouttes de pluie où s’amalgament
tes larmes silencieuses
Où s’entremêle l’invisible
Ton sentier devient un long portage
Ton âme réclame une conscience pure
Ton cœur saigne sa liberté blessée
Tes mocassins s’usent sur l’asphalte
Des plumes s’éloignent dans le ciel gris
Pour se poser sur une terre menacée
Tu aimerais retrouver l’enseignement des ancêtres
Et survivre dans cette sagesse
Zitat von jipe am 26. Januar 2026, 5:01 UhrLa neige, Tang Yin, extrait de 365 poèmes de sagesse chinoise de Collet Hervé et Cheng Wing
au milieu des bambous tombe la neige fondue, serrée comme du chanvre
je l'écoute tranquillement, la nuit, près du poêle, tandis que le thé infuse
ça ressemble au bruit des vers à soie dévorant des feuilles
ou à celui, quand la marée descend, des crabes marchant
La neige, Tang Yin, extrait de 365 poèmes de sagesse chinoise de Collet Hervé et Cheng Wing
au milieu des bambous tombe la neige fondue, serrée comme du chanvre
je l'écoute tranquillement, la nuit, près du poêle, tandis que le thé infuse
ça ressemble au bruit des vers à soie dévorant des feuilles
ou à celui, quand la marée descend, des crabes marchant