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Les poèmes sont des grappes d'images

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Le brouillard

Le brouillard a tout mis
Dans son sac de coton
Le brouillard a tout pris
Autour de ma maison

Plus de fleur au jardin,
Plus d’arbre dans l’allée ;
La serre du voisin
Semble s’être envolée.

Et je ne sais vraiment
Où peut s’être posé
Le moineau que j’entends
Si tristement crier

Maurice Carême

Les funérailles de l'année, Le Poème des beaux jours, Joseph Autran (1813-1877)

Le soleil des beaux jours s'en va tout pâlissant ;
Le nuage se mouille ;
La sève des buissons languit et redescend ;
Le jardin se dépouille ;
Et voilà que l'année en son pâle cercueil
Repose, froide et morte !

Arrivez maintenant, en longs crêpes de deuil,
Arrivez, sombres mois qui formez son escorte :
Novembre, et toi Décembre, et toi morne Janvier
Où tant de neige tombe !
Sur la feuille flétrie et sur le dur gravier,
Rangez-vous autour de sa tombe !

Une hirondelle encore partait l'autre matin,
Mais c'était la dernière.
J'entends de plus en plus le grondement lointain
Des eaux de la rivière.
L'aube à regret se montre, elle pleure, et le soir
Se hâte de la suivre :
Venez donc maintenant, vêtus de gris, de noir.
Couverts de manteaux blancs tout saupoudrés de givre,
Venez, ô tristes mois, les yeux de larmes pleins ;
Et d'une herbe fanée
Ornez pieusement, comme des orphelins,
La froide bière où dort l'année !

Il pleut : l'eau de la nue arrose un sol fangeux
Où rampe la limace.
Le tonnerre parfois, comme un glas orageux,
Gronde au loin dans l'espace.
Les lézards sont rentrés, pour dormir leur sommeil,
Au trou qui les protège.
Passez donc maintenant, en funèbre appareil,
Passez, mois de l'hiver, comme passe un cortège :
L'année est morte, hélas ! Pleurez, mois de l'hiver,
Celle qui fut si belle ;
Et faites de sa tombe éclore un gazon vert,
A force de pleurer sur elle !

L’iris, Les Cages thoraciques, Stéphane Georis alias Timotéo Sergoï

Je me tourne vers la Lune
Comme on se tourne vers sa mère
- Que diras-tu si je t’insulte ?
- Je verrai si tes yeux mentent
- Que diras-tu si je te blesse ?
- Je comprendrai ta douleur lente
- Que diras-tu si je m’endors ?
- Tu trouveras ma main trop froide
- Que diras-tu si je te quitte ?
- Je garderai un oeil sur toi.

 

1er janvier

Victor Hugo

Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père
Vous adorait ; qu'il fit de son mieux sur la terre,
Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où vous étiez petits il était vieux,
Qu'il n'avait pas de mots bourrus ni d'airs moroses,
Et qu'il vous a quittés dans la saison des roses ;
Qu'il est mort, que c'était un bonhomme clément ;
Que, dans l'hiver fameux du grand bombardement,
Il traversait Paris tragique et plein d'épées,
Pour vous porter des tas de jouets, des poupées,
Et des pantins faisant mille gestes bouffons ;
Et vous serez pensifs sous les arbres profonds.

Le pêcheur d'oiseau, décol' n°3, avril 1994, Guy Chaty
(Un clin d'œil au poème de Charles Cros "Le Hareng saur")

Assis sur un nuage
rond
un pêcheur d'oiseau
regardait son hameçon
nu

Il survint un orage
bleu
qui creva le support
et précipita le pêcheur
Or

sur la terre il roulait
blanc
un torrent de truites
qui dévorèrent le pêcheur
cru.

Soir d’hiver, Les Stoïques, Louisa Siefert

L’eau pleure au clair bassin des larmes de cristal,
Le pré s’est revêtu d’une robe argentée,
Des lueurs ont blanchi le ciel oriental
Et la lune apparaît dédaigneuse et lactée.

Le vent souffle du nord et le froid est fatal.
Malheur à qui n’a pas de demeure abritée,
Où la bouilloire au feu dit son chant de métal !
Malheur à qui suit seul la route désertée !

La terre est dure à l’homme et la mort est dans l’air.
Et tandis que par l’astre atteint d’un blanc éclair
Tout mur se dresse ainsi qu’un monument de marbre,

Telle qu’une âme prête à s’en aller d’ici,
Sur le bois noir, au bord de l’horizon, voici
Vénus comme une flamme entre les branches d’arbre.

 

Matins d’hiver, Paul Delair, extrait de l'Anthologie des poètes français du XIXème siècle

Que j’aime les matins d’hiver, et leurs soleils
Qui trempent dans la brume au vent froid balancée !
Avec leur gloire en pleurs et leur douceur blessée,
Au destin des héros je les trouve pareils.

J’aime mieux ces ciels blancs que les étés vermeils,
Car s’ils ont moins de flamme, ils ont plus de pensée ;
Et leur clairon plaintif pour mon âme oppressée
Sonne dans l’infini de tragiques réveils.

Alors des temps défunts j’entends les litanies ;
Et je vois se lever la foule des génies
Avec leur plaie au cœur, où paraît leur vertu.

De leur grand souffle amer ma poitrine est baignée,
Et je suis, le front haut, leur troupe résignée
Qui consent à mourir, ayant bien combattu.

En hiver la terre pleure

En hiver la terre pleure ;

Le soleil froid, pâle et doux,

Vient tard, et part de bonne heure,

Ennuyé du rendez-vous.

Leurs idylles sont moroses.

- Soleil ! aimons !

- Essayons.

O terre, où donc sont tes roses ?

- Astre, où donc sont tes rayons ?

Il prend un prétexte, grêle,

Vent, nuage noir ou blanc,

Et dit : - C'est la nuit, ma belle !

– Et la fait en s'en allant ;

Comme un amant qui retire

Chaque jour son coeur du noeud,

Et, ne sachant plus que dire,

S'en va le plus tôt qu'il peut.

— Victor Hugo

Il fera beau demain, Jean L’Anselme

ils s'aimaient que leurs bras n'en pouvaient plus de s'accrocher
et agrippaient des rêves comme des algues saoules d'ivresse
ils s'aimaient que le monde s'entrouvrait sous le poids de leur amour
et que les murs du ciel titubaient de vertige
ils s'aimaient que les yeux en perdaient la mesure
à sonder les infinis
ils s'aimaient comme on ne peut
ils s'aimaient à n'en plus pouvoir

alors comme il était difficile d'aller plus loin dans leur frénésie d'exigences
et que l'univers après avoir abandonné ses dernières richesses
était à leurs pieds essoufflé d'impuissance
alors comme toute la terre avait donné
son dernier suc
sa dernière joie

son dernier parfum
et gisait comme une fleur prête à mourir
ils ont décidé d'en finir
à commencer par lui

le lendemain au rendez-vous
éperdu
IL S'EST PENDU

à son cou

 

La ronde des mois, Les Pipeaux, Rosemonde Gérard-Rostand

Janvier prend la neige pour châle ;
Février fait glisser nos pas ;
Mars de ses doigts de soleil pâle,
Jette des grêlons aux lilas.

Avril s’accroche aux branches vertes ;
Mai travaille aux chapeaux fleuris ;
Juin fait pencher la rose ouverte
près du beau foin qui craque et rit.

Juillet met les œufs dans leurs coques
Août sur les épis mûrs s’endort ;
Septembre aux grands soirs équivoques,
Glisse partout ses feuilles d’or.

Octobre a toutes les colères,
Novembre a toutes les chansons
Des ruisseaux débordant d’eau claire,
Et Décembre a tous les frissons.

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