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Les poèmes sont des grappes d'images
Zitat von rosemarie am 22. Februar 2025, 15:47 UhrLa vie idéale
Une salle avec du feu, des bougies,
Des soupers toujours servis, des guitares,
Des fleurets, des fleurs, tous les tabacs rares,
Où l'on causerait pourtant sans orgies.Au printemps lilas, roses et muguets,
En été jasmins, oeillets et tilleuls
Rempliraient la nuit du grand parc où, seuls
Parfois, les rêveurs fuiraient les bruits gais.Les hommes seraient tous de bonne race,
Dompteurs familiers des Muses hautaines,
Et les femmes, sans cancans et sans haines,
Illumineraient les soirs de leur grâce.Et l'on songerait, parmi ces parfums
De bras, d'éventails, de fleurs, de peignoirs,
De fins cheveux blonds, de lourds cheveux noirs,
Aux pays lointains, aux siècles défunts.Charles Cros.
La vie idéale
Une salle avec du feu, des bougies,
Des soupers toujours servis, des guitares,
Des fleurets, des fleurs, tous les tabacs rares,
Où l'on causerait pourtant sans orgies.
Au printemps lilas, roses et muguets,
En été jasmins, oeillets et tilleuls
Rempliraient la nuit du grand parc où, seuls
Parfois, les rêveurs fuiraient les bruits gais.
Les hommes seraient tous de bonne race,
Dompteurs familiers des Muses hautaines,
Et les femmes, sans cancans et sans haines,
Illumineraient les soirs de leur grâce.
Et l'on songerait, parmi ces parfums
De bras, d'éventails, de fleurs, de peignoirs,
De fins cheveux blonds, de lourds cheveux noirs,
Aux pays lointains, aux siècles défunts.
Charles Cros.
Zitat von jipe am 24. Februar 2025, 3:51 UhrSans domicile fixe, Clémentina Suarez, extrait de "Les bruits du monde" sous la direction de Laura Morali et Rodney Saint-Eloi
Je vais
je viens
et puis je pense.Que ce soit
ici ou bien là,
il n’y a pas
de lieu
acquis. Ici
ou là,
je suis ce que
les gens appellent
un étranger.Et comme un étranger
j’irai et viendrai
jusqu’à ce qu’ici
ou là
ni moi
ni personne ne le soit plus.
Sans domicile fixe, Clémentina Suarez, extrait de "Les bruits du monde" sous la direction de Laura Morali et Rodney Saint-Eloi
Je vais
je viens
et puis je pense.
Que ce soit
ici ou bien là,
il n’y a pas
de lieu
acquis. Ici
ou là,
je suis ce que
les gens appellent
un étranger.
Et comme un étranger
j’irai et viendrai
jusqu’à ce qu’ici
ou là
ni moi
ni personne ne le soit plus.
Zitat von jipe am 3. März 2025, 3:36 UhrUn jour d’hiver, Paysages et paysans, Maurice Rollinat
Arqué haut sur les monts et d’un bleu sans nuages
Qu’un triomphant soleil embrase éblouissant,
Le ciel, par la vallée où la chaleur descend,
Anime, en plein hiver, la mort des paysages.Il semble qu’ici, là, la mouche revoltige,
Tourne dans la poussière ardente du rayon ;
On va voir le martin-pêcheur, le papillon,
L’un raser le ruisseau, l’autre effleurer la tige !Le ravin clair bénit l’horizon rallumé ;
Du branchage et du tronc l’arbre désembrumé
Contemple, radieux, le luisant de la pierre.Et, dans l’espace, au loin, partout, les yeux surpris
Ont la sensation d’un été chauve et gris
Dont la stérilité rirait à la lumière.
Un jour d’hiver, Paysages et paysans, Maurice Rollinat
Arqué haut sur les monts et d’un bleu sans nuages
Qu’un triomphant soleil embrase éblouissant,
Le ciel, par la vallée où la chaleur descend,
Anime, en plein hiver, la mort des paysages.
Il semble qu’ici, là, la mouche revoltige,
Tourne dans la poussière ardente du rayon ;
On va voir le martin-pêcheur, le papillon,
L’un raser le ruisseau, l’autre effleurer la tige !
Le ravin clair bénit l’horizon rallumé ;
Du branchage et du tronc l’arbre désembrumé
Contemple, radieux, le luisant de la pierre.
Et, dans l’espace, au loin, partout, les yeux surpris
Ont la sensation d’un été chauve et gris
Dont la stérilité rirait à la lumière.
Zitat von jipe am 10. März 2025, 3:26 UhrOrange sanguine, Laure Morali
elle tourne la beauté
elle tourne comme un grand rêve
né d’un monde en explosion
un parasol d’arbres en fleurs
protège nos morts
quand ils remontent en branches
vers la nappe scintillante emportée
par un vide lumineux
Orange sanguine, Laure Morali
elle tourne la beauté
elle tourne comme un grand rêve
né d’un monde en explosion
un parasol d’arbres en fleurs
protège nos morts
quand ils remontent en branches
vers la nappe scintillante emportée
par un vide lumineux
Zitat von jipe am 17. März 2025, 4:25 UhrLes greniers, Les bords de la route, Les Flamandes, Les moines. Emile Verhaeren
Sous le manteau des toits s'étalaient les greniers
Larges, profonds, avec de géantes lignées
De solives en croix, de poutres, de sommiers,
D'où pendaient à ses fils un peuple d'araignées.Les récoltes en tas s'y trouvaient alignées :
Les froments par quintaux, les seigles par paniers,
Les orges, de clarté poussiéreuse baignées,
L'avoine et le colza par monceaux réguliers.Un silence profond et lourd, tel une mare,
S'étendait sur les grains que coupait de sa barre
Et de ses lames d'or le soleil de Juillet.Au reste les souris toutes se tenaient coites,
Les museaux enfoncés dans leurs niches étroites,
Tandis que sur un van le grand chat blanc veillait.
Les greniers, Les bords de la route, Les Flamandes, Les moines. Emile Verhaeren
Sous le manteau des toits s'étalaient les greniers
Larges, profonds, avec de géantes lignées
De solives en croix, de poutres, de sommiers,
D'où pendaient à ses fils un peuple d'araignées.
Les récoltes en tas s'y trouvaient alignées :
Les froments par quintaux, les seigles par paniers,
Les orges, de clarté poussiéreuse baignées,
L'avoine et le colza par monceaux réguliers.
Un silence profond et lourd, tel une mare,
S'étendait sur les grains que coupait de sa barre
Et de ses lames d'or le soleil de Juillet.
Au reste les souris toutes se tenaient coites,
Les museaux enfoncés dans leurs niches étroites,
Tandis que sur un van le grand chat blanc veillait.
Zitat von rosemarie am 23. März 2025, 10:55 UhrLe printemps
Te voilà, rire du Printemps !
Les thyrses des lilas fleurissent.
Les amantes qui te chérissent
Délivrent leurs cheveux flottants.
Sous les rayons d’or éclatants
Les anciens lierres se flétrissent.
Te voilà, rire du Printemps !
Les thyrses de lilas fleurissent.
Couchons-nous au bord des étangs,
Que nos maux amers se guérissent !
Mille espoirs fabuleux nourrissent
Nos coeurs gonflés et palpitants.
Te voilà, rire du Printemps !
— Théodore de Banville
Le printemps
Te voilà, rire du Printemps !
Les thyrses des lilas fleurissent.
Les amantes qui te chérissent
Délivrent leurs cheveux flottants.
Sous les rayons d’or éclatants
Les anciens lierres se flétrissent.
Te voilà, rire du Printemps !
Les thyrses de lilas fleurissent.
Couchons-nous au bord des étangs,
Que nos maux amers se guérissent !
Mille espoirs fabuleux nourrissent
Nos coeurs gonflés et palpitants.
Te voilà, rire du Printemps !
— Théodore de Banville
Zitat von jipe am 24. März 2025, 3:34 UhrJ’arrive où je suis étranger, Le Voyage de Hollande et autres poèmes, Louis Aragon
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
À l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger.
J’arrive où je suis étranger, Le Voyage de Hollande et autres poèmes, Louis Aragon
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
À l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger.
Zitat von jipe am 31. März 2025, 4:31 UhrCouchers de soleil, Feuilles de route, Blaise Cendrars
Tout le monde parle des couchers de soleil
Tous les voyageurs sont d'accord pour parler des couchers de soleil dans ces parages
Il y a plein de bouquins où l'on ne décrit que les couchers de soleil
Les couchers de soleil des tropiques
Oui c'est vrai c'est splendide
Mais je préfère de beaucoup les levers de soleil
L'aube
Je n'en rate pas une
Je suis toujours sur le pont
A poil
Et je suis toujours seul à les admirer
Mais je ne vais pas les décrire les aubes
Je vais les garder pour moi seul
Couchers de soleil, Feuilles de route, Blaise Cendrars
Tout le monde parle des couchers de soleil
Tous les voyageurs sont d'accord pour parler des couchers de soleil dans ces parages
Il y a plein de bouquins où l'on ne décrit que les couchers de soleil
Les couchers de soleil des tropiques
Oui c'est vrai c'est splendide
Mais je préfère de beaucoup les levers de soleil
L'aube
Je n'en rate pas une
Je suis toujours sur le pont
A poil
Et je suis toujours seul à les admirer
Mais je ne vais pas les décrire les aubes
Je vais les garder pour moi seul
Zitat von jipe am 7. April 2025, 3:48 UhrJe chante le soi-même, Feuilles d'herbe / Leaves of Grass, Walt Whitman, Traduction de Jules Laforgue
Je chante le soi-même, une simple personne séparée,
Pourtant je prononce le mot démocratique, le mot En Masse.C'est de la physiologie du haut en bas, que je chante,
La physionomie seule, le cerveau seul, ce n'est pas digne de la Muse ; je dis que l'Être complet en est bien plus digne.
C'est le féminin à l'égal du mâle que je chante.C'est la vie, incommensurable en passion, ressort et puissance,
Pleine de joie, mise en œuvre par des lois divines pour la plus libre action,
C'est l'Homme Moderne que je chante.
One’s-self I singOne’s-self I sing — a simple, separate Person ;
Yet utter the word Democratic, the word En-masse.Of Physiology from top to toe I sing ;
Not physiognomy alone, nor brain alone, is worthy for the muse — I say the Form complete is worthier far ;
The Female equally with the male I sing.Of Life immense in passion, pulse, and power,
Cheerful—for freest action form’d, under the laws divine,
The Modern Man I sing.
Je chante le soi-même, Feuilles d'herbe / Leaves of Grass, Walt Whitman, Traduction de Jules Laforgue
Je chante le soi-même, une simple personne séparée,
Pourtant je prononce le mot démocratique, le mot En Masse.
C'est de la physiologie du haut en bas, que je chante,
La physionomie seule, le cerveau seul, ce n'est pas digne de la Muse ; je dis que l'Être complet en est bien plus digne.
C'est le féminin à l'égal du mâle que je chante.
C'est la vie, incommensurable en passion, ressort et puissance,
Pleine de joie, mise en œuvre par des lois divines pour la plus libre action,
C'est l'Homme Moderne que je chante.
One’s-self I sing
One’s-self I sing — a simple, separate Person ;
Yet utter the word Democratic, the word En-masse.
Of Physiology from top to toe I sing ;
Not physiognomy alone, nor brain alone, is worthy for the muse — I say the Form complete is worthier far ;
The Female equally with the male I sing.
Of Life immense in passion, pulse, and power,
Cheerful—for freest action form’d, under the laws divine,
The Modern Man I sing.
Zitat von jipe am 28. April 2025, 3:18 UhrHeinrich Heine, Autres poèmes, Traduction et mise en vers de Gérard de Nerval
La terre, de longs mois, fut de ses fleurs avare,
Mais voici le printemps et, vite, elle se pare
Coquettement de ses atours.
Tout rit dans la nature et tout chante ; la vie
Sème partout la joie, et chaque âme est ravie...
Moi seul, je suis triste toujours !La fleur s'épanouit ; le chant des cloches monte
Dans les airs ; les oiseaux, ainsi que dans les contes,
Parlent entre eux.
Que disent les oiseaux et les fleurs et les cloches ?
Je ne sais ! Je suis plein de soupirs, de reproches,
Je suis si malheureux !En vain le soleil rit ! Dans mon coeur, c'est la pluie,
La neige, le brouillard ! L'humanité m'ennuie,
Et jusqu'à l'ami même, hélas !
Qui fut en d'autres temps le plus cher à mon âme…
Et j’en suis là qu’on appelle "Madame"
La seule que j'aime ici-bas !
Heinrich Heine, Autres poèmes, Traduction et mise en vers de Gérard de Nerval
La terre, de longs mois, fut de ses fleurs avare,
Mais voici le printemps et, vite, elle se pare
Coquettement de ses atours.
Tout rit dans la nature et tout chante ; la vie
Sème partout la joie, et chaque âme est ravie...
Moi seul, je suis triste toujours !
La fleur s'épanouit ; le chant des cloches monte
Dans les airs ; les oiseaux, ainsi que dans les contes,
Parlent entre eux.
Que disent les oiseaux et les fleurs et les cloches ?
Je ne sais ! Je suis plein de soupirs, de reproches,
Je suis si malheureux !
En vain le soleil rit ! Dans mon coeur, c'est la pluie,
La neige, le brouillard ! L'humanité m'ennuie,
Et jusqu'à l'ami même, hélas !
Qui fut en d'autres temps le plus cher à mon âme…
Et j’en suis là qu’on appelle "Madame"
La seule que j'aime ici-bas !