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Les poèmes sont des grappes d'images

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Mai, Les oiseaux de neige, Louis-Honoré Frechette

Hozanna ! La forêt renaît de ses ruines ;
La mousse agrafe au roc sa mante de velours ;
La grive chante ; au loin les grands boeufs de labours
S'enfoncent tout fumants dans les chaudes bruines ;

Le soleil agrandit l’orbe de son parcours ;
On ne sait quels frissons passent dans les ravines ;
Et dans l’ombre des nids, fidèle aux lois divines,
Bientôt battra son plein la saison des amours.

Aux échos d’alentour chantant à gorge pleine,
Le semeur, dont la main fertilise la plaine,
Jette le froment d’or dans les sillons fumés.

Sortons tous ; et, groupés sur le seuil de la porte,
Aspirons à loisir le vent qui nous apporte
Comme un vague parfum de lilas embaumés.

 

Ce jour de Mai qui a la tête peinte, Second livre des amours, Pierre de Ronsard

Ce jour de Mai qui a la tête peinte,
D’une gaillarde et gentille verdeur,
Ne doit passer sans que ma vive ardeur
Par votre grâce un peu ne soit éteinte.

De votre part, si vous êtes atteinte
Autant que moi d’amoureuse langueur,
D’un feu pareil soulageons notre coeur,
Qui aime bien ne doit point avoir crainte.

Le Temps s’enfuit, cependant ce beau jour,
Nous doit apprendre à demener l’Amour,
Et le pigeon qui sa femelle baise.

Baisez-moi donc et faisons tout ainsi
Que les oiseaux sans nous donner souci :
Après la mort on ne voit rien qui plaise.

 

ETÉ

Eté : être pour quelques jours
le contemporain des roses
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette sœur
en d’autres roses absente.

Rainer Maria Rilke 

Les autres, Hanches, Claude de Burine

Qu'ils marchent
Ça leur convient
Il ferait beau voir
Qu'ils attendent
La voix
Qui parlait aux roseaux
De l'espérance
Qu'ils boivent
Le vin doré de l'innocence
Puisqu'il fallait aller
Jusqu'à perdre son nom
Jusqu'à ne plus savoir
Si l'on est vitre
Ou transparence
Si même un jour
On fut
Le gui du bonheur
Laisse-les
Les autres
Fais-moi un cadeau
Des pays du froid
Pars
Seule l'herbe est transparente.

Le paon et le coq, Livre III, Fable XVII, , Gotthold Ephraim Lessing, traduction et mise en vers par André-Joseph Grétry

Examine ton coq ; vois-tu sa contenance ?
Dit le paon à la poule : ô la fière prestance !
Quel orgueil brille dans ses yeux !
Et, cependant, tu dois en convenir toi-même,
L'homme ne dit jamais : c'est un coq orgueilleux,
Mais bien : l'orgueilleux paon. - En crois-tu valoir mieux ?
Va, la différence est extrême,
Répondit la poulette à l'oiseau fastueux ;
L’homme, en voyant le coq, bien loin qu'il s'en étonne,
En se taisant ainsi, nous prouve qu'il pardonne
Un orgueil bien placé ;
Le coq n'est point un insensé ;
Il est fier de sa force et de sa vigilance :
Toi, qui te rend si vain ? Des plumes, des couleurs.

Petits-maîtres, votre existence
Serait nulle sans vos tailleurs.

 

Juin, Les oiseaux de neige, Louis-Honoré Fréchette

L’Eté met des fleurs à sa boutonnière ;
Au fond des taillis et dans les roseaux,
Ivres de soleil, les petits oiseaux
Entonnent en choeur l’hymne printanière ;

Sur les clairs sommets, les champs et les eaux,
Tombent de l’azur des jets de lumière ;
Au nid, au palais et sous la chaumière,
Le parfait amour tourne ses fuseaux.

Sous les bois touffus la source murmure ;
La brise en jouant berce la ramure ;
Le papillon vole au rosier fleuri ;

Tout chante, s’émeut, palpite, étincelle...
Transports infinis ! joie universelle !
A son créateur la terre a souri !

 

Les soleils de juin (très court extrait d’un long poème), Auguste Lacaussade, extrait de l’Anthologie des poètes français du XIXème siècle

Le soleil, concentrant les feux de sa prunelle,
Incendiait les cieux de sa flamme éternelle ;
Dans les bois, sur le fleuve aux marges de gazon,
Et sur les monts lointains, lumineux horizon,
Partout, resplendissant dans sa verdeur première,
Juin radieux donnait sa fête de lumière.

Sous la forêt et seul, triste enfant des cités,
Un rêveur s’enivrait d’ombrage et de clartés.
Sur son front qui fléchit, bien que jeune d’années,
Les précoces douleurs, les luttes obstinées,
Sillon laborieux, avaient tracé leur pli.
Pour l’heure, il s’abreuvait d’air limpide et d’oubli.
Fils d’un siècle d’airain, sans jeunesse et sans rêve,
Son âme aux lourds soucis pour un jour faisait trêve ;
A longs traits il buvait des grands bois les senteurs,
Ecoutant la fauvette et les cours d’eau chanteurs,
Et l’abeille posée aux ramures fleuries,
Et l’hymne qu’en son coeur chantaient ses rêveries.

 

Nuits de juin, Les rayons et les ombres, Victor Hugo

L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte,
On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent.

Les astres sont plus purs, l’ombre paraît meilleure ;
Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;
Et l’aube douce et pâle, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

 

Le temps des cerises

- Jean-Baptiste Clément

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête ;
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur…
Quand nous chanterons le temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court, le temps des cerises,
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d'oreilles !
Cerises d'amour, aux robes pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang …
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants de corail qu'on cueille en rêvant !

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour,
Évitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai point sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d'amour.

J'aimerai toujours le temps des cerises ;
C'est de ce temps là que je garde au cœur
Une plaie ouverte ;
Et dame Fortune, en m'étant offerte,
Ne pourra jamais fermer ma douleur.
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur.

Juillet, Les oiseaux de neige, Louis Fréchette

Depuis les feux de l’aube aux feux du crépuscule,
Le soleil verse à flots ses torrides rayons ;
On voit pencher la fleur et jaunir les sillons :
Voici les jours poudreux de l’âpre canicule.

Le chant des nids a fait place au chant des grillons ;
Un fluide énervant autour de nous circule ;
La nature, qui vit dans chaque animalcule,
Fait frissonner d’émoi tout ce que nous voyons.

Mais quand le bœuf qui broute à l’ombre des grands chênes
Se tourne haletant vers les sources prochaines,
Quel est donc, dites-vous, ce groupe échevelé

Qui frappe les échos de ses chansons rieuses ?
Hélas ! c’est la saison des vacances joyeuses...
Comme il est loin de nous ce beau temps envolé !

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